Les Arques à visage découvert – 1/2

Sculptures Olivier Blanckart FRAC OccitanieBalade sur des routes sinueuses jusqu’aux Ateliers des Arques, association installée dans un village aussi joli que paumé. Aux Arques, on y trouve le musée Zadkine. Les Ateliers accueillent l’exposition « A visage découvert », une promenade dans le genre du portrait jalonnée par une sélection d’œuvres tirée de la collection des Abattoirs de Toulouse. L’opportunité pour moi de revoir des œuvres d’Eduardo Arroyo mais surtout de découvrir en vrai un tableau de Djamel Tatah et tout ça pour pas un rond à 20 minutes de chez moi. Merci le FRAC !

Venir aux Arques pour la première fois est une expérience particulière. J’y arrive par une route à peine moins étroite que ma bagnole. Une sortie de forêt, un virage et apparaît un petit bled intouché, un décor de village typique du Lot posé au sommet d’une colline. Les maisons sont blondes, apprêtées, paysagées et gentiment réparties le long de petites voies piétonnes. Au bout de la rue principale je découvre les Ateliers, verticale bâtisse ornée d’une tour ronde faisant la course en hauteur avec le clocher de l’église voisine. L’entrée de verre laisse apparaitre quatre sculptures d’Olivier Blanckart de sa série Les Femmes Déviolées. J’ai un doute, un peu comme quand je croise quelqu’un dont le visage me dit quelque chose. Je les reconnais.

Ce sont les femmes prises en photo par Marc Garanger au cours de son service militaire pendant la guerre d’Algérie. C’est une histoire de contrainte, une histoire de résistance, une histoire de honte et de dignité. Les femmes sont contraintes par l’armée de se faire photographier tête découverte. L’appelé est contraint de prendre ces clichés sensés servir de photos d’identité. Des femmes de tout âge sont ainsi immortalisées. Certaines sont visiblement effrayées, intimidées, sont prises de sidération. D’autres opposent des visages marqués d’une violence silencieuse, glacée, jetant l’opprobre sur l’armée française de leur regard courroucé. L’appelé détournera l’ordre en les prenant jusqu’à la ceinture, laissant voir broderies et ornements, grandeur, poses d’une naturelle majesté. Ces portraits m’avaient retournée et j’y pense souvent. Ils sont notre violence de colons sans respect, sans cervelle, bouffis du mépris de l’autre. Ils touchent également ce qui est femme en moi, la violence qui leur est faite. Ils m’interrogent sur la place du photographe, l’intérêt de ce témoignage historique, la légitimité ou non de montrer ces portraits en public sans l’accord des sujets. Et quel public suis-je ? Voir et revoir ces photos m’apporte, me nourrit et harponne ma conscience. Quel part de honte dois-je partager en me rendant témoin récidiviste de ce drame de guerre ? De toute évidence ils ont également interrogé le sculpteur, éveillé chez lui le besoin de réhabiliter ces femmes. Je me demande si elles en ont réellement besoin, la honte n’étant pas retombée de leur côté.

 

La suite ici.

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