Le jour où j’ai photographié un humain

J’ai une petite passion pour l’apprentissage en autodidacte. C’est même un genre de compulsion.

Un truc éveille ma curiosité, comme un petit bout de fil traînant sous mon regard. J’attrape, je tire et systématiquement il y a une suite à ce fil, un savoir déroulant. Il coule non-uniformément, parfois je dois tirer fort, longtemps pour n’en sortir qu’un millimètre. Souvent ça vient par flots et ça me fait du bien. Je veux toujours savoir ce qu’il y a après.

La photo est un sujet qui génère chez moi une traction continue, puissante et soutenue. Je fais toujours ça toute seule, c’est le principe de l’autodidaxie. Mais là mon fil photographique a fait un nœud. Impossible de photographier les gens sans que ça me retourne l’estomac. Et pourtant l’humain est présent partout dans mes photos : ce qu’il construit, détruit, modèle, refuse, salit, oublie. Mais je me démerde la plupart du temps pour que le triste individu ne soit pas dans le cadre.

C’est bien mignon mon petit blocage mais il y a tout un savoir dont je m’isole. J’ai pas le matos (ha ha l’excuse bidon !) et beaucoup trop la trouille, j’ai besoin d’un coup de main. C’est Vincent de l’Artelier qui me le procure pendant une séance dans son studio. Un type chaleureux, direct, plein d’une assurance dont je manque et ravi d’en partager des bouts avec qui veut apprendre.

Premier constat : un de ces jours il me faudra les mêmes bidulotrons à photons que les siens parce que je me découvre un désir percutant de jouer à créer des éclairages rigolos sur des objets divers. Deuxième constat : ce serait mieux si lesdits objets n’étaient pas vivants.

Aurélie, la modèle, est sympa comme tout, patiente, à l’écoute. Elle a le regard qui pétille et j’aime bien. Mais me voilà timide comme une première communiante, infoutue de trouver les mots pour lui dire ce que je souhaite obtenir. Et qu’est-ce que je veux d’abord ? Et comment le lui transmettre ? Haaaaaaaaaaa je suis bloquée !

D’une rame experte, Vincent remonte le courant et vient me chercher sur mon caillou, appuie sur les bons boutons de mon cerveau et la machine repart en toussotant un peu. J’en tire une petite série me faisant penser à un casting pour du cinéma muet et ça m’amuse. Je comprends tout le travail préparatoire qu’une séance demande, l’exigence de l’exercice. C’est plutôt excitant.

Je dénoue le nœud du portrait, ce qui me laisse entrevoir une gigantesque longueur de fil à tirer et plus de questions encore. Aimerais-je faire ça plus avant ? Et pour en faire quoi ? Dans quel sens ? La photo de mode m’intéresse autant qu’un set de couteaux à poisson. L’idée de photographier des gens à poil génère le même degré de motivation qu’une séance de repassage de chaussettes.

Je ferme les yeux et il n’y a plus de mur. Je vois peut être une forêt de bouleaux, des gens dedans, parfois seuls, parfois plusieurs, ce serait bien qu’il flotte un peu. Et peut-être qu’ils danseraient là, sans même avoir l’air con. Ou peut-être qu’ils seraient simplement chez eux et qu’on parlerait d’eux avant. On prendrait un café, une photo et je connais déjà des gens avec qui j’aimerais bien faire ça. Sinon ils travailleraient, sortiraient, bougeraient, vivraient tranquilles et oublieraient que je suis là. Et ce serait sympa.

portrait plumes lunettes noir et blanc

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