Wild Iris ou le mythe du super-pouvoir transposé à la pratique quotidienne de la photographie

reflets arbres œil photographeGamine, j’espérais avoir des super-pouvoirs. Je me demandais souvent lequel serait le plus chouette. L’omniscience c’est nul. Qui a réellement envie de tout savoir sur toute chose ? Vraiment ? Je vous préviens, vous saurez ce qu’est une gonarthrose et vous pourrez l’expliquer dans toutes les langues. C’est vous qui voyez.
La téléportation nécessite de maîtriser le lieu d’atterrissage à moins de s’exposer à de graves déconvenues. L’invisibilité, oui, à condition de n’avoir pas trop d’égo ni une trop grande sensibilité au froid. La télékinésie c’est sympa mais très circonstanciel et avouons-le, c’est un pouvoir de feignasse.

J’ai eu mieux que tout ça grâce à la photo. Bon, ce n’est pas très impressionnant et ça ne justifie pas le port d’un costume en spandex. On peut mettre ça dans la case « l’œil du photographe », ça consiste à voir des choses. Dit comme ça, ça n’a pas l’air de casser trois pattes à un canard. Et pourtant
C’est un truc très Lynchien, tout semble à peu près normal au début et sans vraiment que je ne m’en rende compte, l’univers prend un angle bizarre. C’est venu doucement avec la pratique de la photo. J’ai commencé à remarquer des petits trucs, des lumières vagues, des étincellements surprenants et des ombres mouvantes. Parfois ce sont des fêlures dans le monde, un truc qui jure dans une série d’objets, des machins de traviole.
Puis viennent les formes, les angles, un cadre qui ressort du décor. Le point inédit masqué par le quotidien. Même la déchèterie intercommunale prend une allure de théâtre antique post-apo.

Le plus fun avec ce super-pouvoir c’est que les gens aussi sont affectés. Déjà, ils deviennent beaux, singuliers. Mais leur attitude change aussi, ils se rapprochent.
Lors de ma dernière balade, alors que je trippais complètement sur les reflets colorés des arbres dans la rivière, une dame et son caniche sont venus partager avec moi leurs émerveillements visuels du week-end. Un instant plus tard je me trouvais quasi à quatre pattes au-dessus de feuilles prises dans les glaces d’un bassin gelé. Un monsieur à béret vient voir ce que je fais. S’ensuit une conversation aussi cryptique qu’élégante sur l’épaisseur de la glace, le vent et son désir urgent de fortes précipitations. Parfois on me prend par le bras pour me montrer un truc, souvent on s’arrête juste pour m’observer, moi qui observe.
Et le monde devient subitement plus excitant à entr’observer.

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