Le matériel I : introduction

Rolleiflex matériel photo choisir débutant

Pour toute activité, hobby, sport, pratique artistique ou non, se pose la question du matériel. Même les champions de claquement de doigts acrobatique ont leur mot à dire sur le meilleur talc ou la crème hydratante la plus efficace.

Concernant la photographie, on part justement du matériel. Sans chambre noire, plaque d’étain et bitume, pas de point vue du Gras. C’est la retranscription de la lumière et on n’obtient pas ça en se roulant dans les pâquerettes avec un jambon de Bayonne. Il nous faut un appareil dédié à cet usage. C’est vraiment là que les ennuis commencent, le faux problème du matos. En ce qui me concerne, pour mon premier achat «sérieux », j’ai eu vite fait de tomber dans le panneau des articles, comparateurs, revues, avis, tests, descriptions techniques pour finir par ne plus rien y paner et me sentir terriblement perdue. Compact ? Bridge ? Hybride ? Reflex ? Et du coup quel objectif ? Pour faire quoi ? Avec un viseur ou pas ? Et si oui optique c’est bien mais numérique c’est p’tet bien aussi ? Vais-je avoir besoin de la fonction GPS dessus ou dois-je préférer un boitier tropicalisé ? Numérique ? Et donc les pixels ? Combien de pixels, de millions de pixels, des pixels partout HAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !

Finalement je suis allée dans une boutique avec l’idée d’acheter le dernier machin trop bien qui tue. Je l’ai pris dans les mains, j’ai eu la sensation de porter un parpaing, je l’ai immédiatement détesté. Du coup j’en ai pris un autre, plus petit, et on s’entend bien.

J’ai appris un truc super important avec la pratique : commencer avec ce qu’on a, l’épuiser jusqu’à la corde et prendre un truc mieux quand on se sent limité et qu’on a envie de passer à autre chose. Déjà parce que la pratique photographique peut inutilement couter très cher si on ne fait pas gaffe et surtout parce qu’on n’avance jamais aussi bien que dans l’adversité. J’ai appris les enjeux d’un bon cadrage en ne possédant qu’un seul objectif. Il m’a forcée à bouger, à mieux regarder, à savoir bien me placer pour obtenir ce que je veux. Et puis il y a une réalité terrible et cruelle que ce soit avec le vieux compact de mamie gagné grâce à un concours de son magazine télé ou un réflex dernière génération à 3000 balles, un doigt devant l’objectif reste un doigt devant l’objectif. Il faut d’abord apprendre à ne pas l’y mettre.

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Wild Iris ou le mythe du super-pouvoir transposé à la pratique quotidienne de la photographie

reflets arbres œil photographeGamine, j’espérais avoir des super-pouvoirs. Je me demandais souvent lequel serait le plus chouette. L’omniscience c’est nul. Qui a réellement envie de tout savoir sur toute chose ? Vraiment ? Je vous préviens, vous saurez ce qu’est une gonarthrose et vous pourrez l’expliquer dans toutes les langues. C’est vous qui voyez.
La téléportation nécessite de maîtriser le lieu d’atterrissage à moins de s’exposer à de graves déconvenues. L’invisibilité, oui, à condition de n’avoir pas trop d’égo ni une trop grande sensibilité au froid. La télékinésie c’est sympa mais très circonstanciel et avouons-le, c’est un pouvoir de feignasse.

J’ai eu mieux que tout ça grâce à la photo. Bon, ce n’est pas très impressionnant et ça ne justifie pas le port d’un costume en spandex. On peut mettre ça dans la case « l’œil du photographe », ça consiste à voir des choses. Dit comme ça, ça n’a pas l’air de casser trois pattes à un canard. Et pourtant
C’est un truc très Lynchien, tout semble à peu près normal au début et sans vraiment que je ne m’en rende compte, l’univers prend un angle bizarre. C’est venu doucement avec la pratique de la photo. J’ai commencé à remarquer des petits trucs, des lumières vagues, des étincellements surprenants et des ombres mouvantes. Parfois ce sont des fêlures dans le monde, un truc qui jure dans une série d’objets, des machins de traviole.
Puis viennent les formes, les angles, un cadre qui ressort du décor. Le point inédit masqué par le quotidien. Même la déchèterie intercommunale prend une allure de théâtre antique post-apo.

Le plus fun avec ce super-pouvoir c’est que les gens aussi sont affectés. Déjà, ils deviennent beaux, singuliers. Mais leur attitude change aussi, ils se rapprochent.
Lors de ma dernière balade, alors que je trippais complètement sur les reflets colorés des arbres dans la rivière, une dame et son caniche sont venus partager avec moi leurs émerveillements visuels du week-end. Un instant plus tard je me trouvais quasi à quatre pattes au-dessus de feuilles prises dans les glaces d’un bassin gelé. Un monsieur à béret vient voir ce que je fais. S’ensuit une conversation aussi cryptique qu’élégante sur l’épaisseur de la glace, le vent et son désir urgent de fortes précipitations. Parfois on me prend par le bras pour me montrer un truc, souvent on s’arrête juste pour m’observer, moi qui observe.
Et le monde devient subitement plus excitant à entr’observer.

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Le jour où j’ai photographié un humain

J’ai une petite passion pour l’apprentissage en autodidacte. C’est même un genre de compulsion.

Un truc éveille ma curiosité, comme un petit bout de fil traînant sous mon regard. J’attrape, je tire et systématiquement il y a une suite à ce fil, un savoir déroulant. Il coule non-uniformément, parfois je dois tirer fort, longtemps pour n’en sortir qu’un millimètre. Souvent ça vient par flots et ça me fait du bien. Je veux toujours savoir ce qu’il y a après.

La photo est un sujet qui génère chez moi une traction continue, puissante et soutenue. Je fais toujours ça toute seule, c’est le principe de l’autodidaxie. Mais là mon fil photographique a fait un nœud. Impossible de photographier les gens sans que ça me retourne l’estomac. Et pourtant l’humain est présent partout dans mes photos : ce qu’il construit, détruit, modèle, refuse, salit, oublie. Mais je me démerde la plupart du temps pour que le triste individu ne soit pas dans le cadre.

C’est bien mignon mon petit blocage mais il y a tout un savoir dont je m’isole. J’ai pas le matos (ha ha l’excuse bidon !) et beaucoup trop la trouille, j’ai besoin d’un coup de main. C’est Vincent de l’Artelier qui me le procure pendant une séance dans son studio. Un type chaleureux, direct, plein d’une assurance dont je manque et ravi d’en partager des bouts avec qui veut apprendre.

Premier constat : un de ces jours il me faudra les mêmes bidulotrons à photons que les siens parce que je me découvre un désir percutant de jouer à créer des éclairages rigolos sur des objets divers. Deuxième constat : ce serait mieux si lesdits objets n’étaient pas vivants.

Aurélie, la modèle, est sympa comme tout, patiente, à l’écoute. Elle a le regard qui pétille et j’aime bien. Mais me voilà timide comme une première communiante, infoutue de trouver les mots pour lui dire ce que je souhaite obtenir. Et qu’est-ce que je veux d’abord ? Et comment le lui transmettre ? Haaaaaaaaaaa je suis bloquée !

D’une rame experte, Vincent remonte le courant et vient me chercher sur mon caillou, appuie sur les bons boutons de mon cerveau et la machine repart en toussotant un peu. J’en tire une petite série me faisant penser à un casting pour du cinéma muet et ça m’amuse. Je comprends tout le travail préparatoire qu’une séance demande, l’exigence de l’exercice. C’est plutôt excitant.

Je dénoue le nœud du portrait, ce qui me laisse entrevoir une gigantesque longueur de fil à tirer et plus de questions encore. Aimerais-je faire ça plus avant ? Et pour en faire quoi ? Dans quel sens ? La photo de mode m’intéresse autant qu’un set de couteaux à poisson. L’idée de photographier des gens à poil génère le même degré de motivation qu’une séance de repassage de chaussettes.

Je ferme les yeux et il n’y a plus de mur. Je vois peut être une forêt de bouleaux, des gens dedans, parfois seuls, parfois plusieurs, ce serait bien qu’il flotte un peu. Et peut-être qu’ils danseraient là, sans même avoir l’air con. Ou peut-être qu’ils seraient simplement chez eux et qu’on parlerait d’eux avant. On prendrait un café, une photo et je connais déjà des gens avec qui j’aimerais bien faire ça. Sinon ils travailleraient, sortiraient, bougeraient, vivraient tranquilles et oublieraient que je suis là. Et ce serait sympa.

portrait plumes lunettes noir et blanc